Quatre siècles d'histoire au cœur de la Provence

Dans la bibliothèque, des tableaux agrémentent les murs de portraits d’hommes illustres à l’instar de Louis XIV. Sur des meubles parfumés de cire, quelques livres reliés se mêlent aux lettres encore lisibles dont ce courrier posté de Saint-Pétersbourg le 1er octobre 1775. Au plafond, des luminaires ressuscitent l’intensité chaleureuse des bougies d’antan. Nous sommes au château du Grand Pré à Vitrolles-en-Luberon.

Construction du XVIIe et XVIIIe sièclesStyle architectural époque Louis XIV

Le Château du Grand Pré fut construit en 1678 pour Françoise de Cambis, veuve d’Honoré de Brancas Forcalquier, comte de Forcalquier.

En 1753, le château est vendu à Jean d’Ailhaud, docteur en médecine et chirurgien, l’inventeur d’une poudre purgative réputée dans toute l'Europe qui lui permit de devenir un secrétaire du roi Louis XV.

Le domaine comprend une imposante bastide quadrangulaire de style Louis XV, une chapelle et des bâtiments agricoles.

Le château a été agrandi et redécoré au milieu du XVIIIe siècle. Le fils et le petit-fils de Jean d’Ailhaud poursuivront l’aménagement de la propriété en bâtissant une usine dédiée à la fabrication de la poudre purgative, un moulin à huile, un colombier et des jardins.

Un propriétaire médecin visionnaireLa poudre purgative et la manufacture

Jean d'Ailhaud (1674-1756) est issu de la petite noblesse provençale. Médecin chirurgien précurseur et homme d’affaires ingénieux, il développe une poudre purgative et des méthodes commerciales innovantes qui vont l’amener à devenir une des plus grandes fortunes des Etats de Provence.

La première initiative de Jean d'Ailhaud est d’affirmer qu’il faut arrêter de saigner les gens car cela les tue. Cette prise de position devant la faculté est audacieuse, car pendant des siècles, le premier réflexe du médecin était de saigner ses patients. Jean d'Ailhaud qui a fait ses études à la faculté de médecine de Montpellier a été fortement influencé par la communauté de médecins juifs qu’il avait fréquentée, et qui avait une approche divergente de la médecine traditionnelle.

Ne saignant plus des patients qui forcément se portent mieux, Jean d'Ailhaud commence à asseoir sa réputation. Cependant, il lui faut tout de même trouver une alternative pour purifier le sang. C’est ainsi qu’il développe la recette de sa potion purgative à base de racine de pissenlit, de pavot et de cendres de cheminée filtrées au travers de toile de tissage de plus en plus fin. En somme, Jean d'Ailhaud vient d’inventer les charbons.

Avant d'acquérir le château du Grand Pré, c’est à Versailles qu’il lui est donné l’opportunité d’étendre sa renommée. Il est appelé au chevet de Louis XIV pour soigner la gangrène du roi. Le traitement par la potion ne porte pas ses fruits, mais il est cependant amené à traiter le frère du roi, Philippe d’Orléans. Ravi de sa guérison, Philippe d’Orléans écrit une lettre à Jean d'Ailhaud pour louer ses bons soins et lui témoigner sa gratitude. Le chirurgien fait publier cette lettre dans toutes les gazettes européennes et devient une véritable coqueluche. Il vend alors sa potion dans toute l’Europe.

Toujours mû par le désir de développer son industrie, Jean d'Ailhaud cherche ensuite à atteindre l’Amérique et la Chine. Il réalise que le meilleur distributeur possible est l’Eglise catholique et ses missionnaires. Grâce à ce réseau de distribution très actif, il se voit diffusé dans le monde entier. Il amasse une fortune colossale et devient ce que serait aujourd’hui un grand laboratoire pharmaceutique.

Jean d'Ailhaud ne vit que 3 ans au château du Grand Pré, mais son fils Jean-Gaspard d'Ailhaud prend la suite avec les mêmes talents. Il publiera un livre compilant 800 pages de témoignages de guérison grâce à la poudre.

Les d’Ailhaud père et fils seront également à l’origine d’une abondante bibliographie qui confirme l’immense succès qu’a été la poudre purgative dont Vitrolles sera, à partir de 1753, le principal site de production.